Agrivoltaïsme : produire de l’électricité sans abandonner la terre
L’agrivoltaïsme associe une installation photovoltaïque à une parcelle agricole, mais la présence de panneaux ne suffit pas à rendre un projet agrivoltaïque. La loi impose un service direct à l’activité agricole, qui doit rester réelle et prioritaire. Voici les règles à connaître et les questions à poser avant de s’engager.

L’essentiel en bref
- Un projet agrivoltaïque doit apporter au moins un service direct à la parcelle, comme une protection climatique ou une amélioration agronomique.
- L’activité agricole doit rester prioritaire, être suivie dans le temps et ne pas être remplacée par la production électrique.
- Une centrale photovoltaïque au sol n’est pas automatiquement agrivoltaïque, même si des animaux pâturent occasionnellement entre les panneaux.
- Le choix de la structure doit tenir compte des cultures, des machines, de l’accès à l’eau et des conditions de travail.
- Avant de signer, vérifiez les autorisations, le suivi agricole, le partage des responsabilités et les garanties de démantèlement.
L’agrivoltaïsme associe une installation photovoltaïque à une activité agricole qui doit rester prioritaire sur la parcelle. En France, un projet ne peut pas être qualifié d’agrivoltaïque simplement parce qu’il produit de l’électricité sur une ferme : il doit fournir un service direct à l’agriculture, préserver la production et être réversible.
La loi fixe cette définition et des textes réglementaires en précisent les conditions d’application. Pour étudier un projet, l’agriculteur doit donc examiner à la fois le rendement agricole, la configuration des panneaux, les autorisations et les engagements de l’opérateur. Le solaire reste une activité complémentaire, pas un substitut à l’exploitation.
La définition légale de l’agrivoltaïsme
La loi du 10 mars 2023 relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables, dite loi APER, a inscrit une définition de l’agrivoltaïsme dans le Code de l’énergie. Elle concerne des panneaux solaires installés sur une parcelle agricole où ils contribuent durablement à l’installation, au maintien ou au développement d’une production agricole.
L’installation doit apporter directement à la parcelle au moins un des services prévus par la loi : améliorer son potentiel ou son impact agronomique, aider à l’adaptation au changement climatique, protéger contre certains aléas ou contribuer au bien-être animal. Le porteur de projet doit pouvoir expliquer lequel est recherché et comment la conception des panneaux permet de le fournir.
La loi impose aussi des garde-fous. L’installation ne doit pas porter une atteinte substantielle aux services attendus, compromettre les fonctions essentielles du sol ou empêcher la production agricole de rester l’activité principale. Elle doit être réversible, afin que la parcelle puisse retrouver son usage agricole après le retrait des équipements.
Pour comprendre le fonctionnement des modules et de la production électrique, consultez notre guide sur l’énergie solaire photovoltaïque. L’enjeu spécifique de l’agrivoltaïsme est ensuite de déterminer si cette production électrique cohabite réellement avec l’activité agricole.
Agrivoltaïsme et photovoltaïque au sol : deux projets différents
Une centrale photovoltaïque au sol peut occuper une parcelle sans que les panneaux apportent un service direct à une production agricole. L’agrivoltaïsme, lui, est défini par sa contribution à l’agriculture et par le maintien de celle-ci comme activité principale. La différence ne tient donc pas seulement à la hauteur des structures ou à la présence d’animaux.
Le droit français encadre également les installations photovoltaïques compatibles avec une activité agricole, pastorale ou forestière, qui ne relèvent pas de la définition de l’agrivoltaïsme. Leur implantation sur des terres agricoles, naturelles ou forestières est limitée à des terrains répondant aux conditions prévues, notamment dans les documents-cadres départementaux. Les deux voies ne doivent pas être confondues.
| Point de comparaison | Projet agrivoltaïque | Photovoltaïque au sol compatible avec une activité agricole |
|---|---|---|
| Objet principal | Produire de l’électricité tout en apportant un service à une activité agricole | Produire de l’électricité sur un terrain admissible sans répondre à la définition légale de l’agrivoltaïsme |
| Activité sur la parcelle | Production agricole effective, qui reste prioritaire | Activité ou usage agricole possible selon le terrain et le projet, sans service agrivoltaïque nécessairement démontré |
| Conditions d’implantation | Respect de la définition légale et des règles techniques applicables | Respect des conditions de constructibilité et du document-cadre départemental, lorsqu’il s’applique |
| Preuve à examiner | Service rendu, maintien de la production agricole et suivi | Admissibilité du terrain et conformité de l’installation aux règles d’urbanisme |
Un projet agricole qui sert surtout à justifier l’occupation d’un terrain par des panneaux n’est pas nécessairement agrivoltaïque. Méfiez-vous des dossiers qui décrivent une culture ou un pâturage sans préciser le calendrier des travaux, les rendements attendus, l’accès des machines et les responsabilités de l’exploitant.
Le cadre réglementaire français et les autorisations
La loi APER du 10 mars 2023 a été complétée par le décret du 8 avril 2024 et par l’arrêté du 5 juillet 2024. Ces textes encadrent notamment la qualification des projets, leur conception et le suivi agricole. Les critères doivent être lus avec la situation de la parcelle et le type de production : une structure adaptée à un verger ne se transpose pas automatiquement à une prairie ou à une culture mécanisée.
Un projet suppose une autorisation d’urbanisme adaptée à ses caractéristiques. La préfecture, les services départementaux et la mairie peuvent être concernés par l’instruction. Selon le terrain et le dossier, la Commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers peut aussi être appelée à examiner le projet. Une étude environnementale ou une procédure complémentaire peut s’appliquer en fonction de ses caractéristiques et de son emplacement.
Avant tout engagement, demandez qui porte chaque démarche et à quelle étape elle doit intervenir. Le dossier doit décrire l’exploitation agricole, les productions envisagées, la configuration des panneaux, les accès, les réseaux, la gestion de l’eau et les mesures de suivi. Les démarches d’un projet solaire sont détaillées dans notre guide sur les autorisations et étapes d’une installation photovoltaïque, à adapter ici aux exigences agricoles propres au projet.
La fin d’exploitation doit aussi être prévue. Le contrat doit identifier la partie responsable du démontage des panneaux, des fondations et des équipements électriques, ainsi que de la remise en état du terrain. Vérifiez les garanties financières prévues, leur durée, leur niveau et les conditions dans lesquelles elles pourront être mobilisées. Une promesse de réversibilité a peu de valeur si son financement et sa mise en œuvre restent flous.
Les bénéfices agricoles possibles et leurs conditions
L’ombrage peut réduire l’exposition à une chaleur forte ou à un rayonnement excessif. Selon la culture, la saison et la structure, cette protection peut limiter certains stress. Elle peut aussi ralentir l’évaporation de l’eau du sol. Ce ne sont toutefois pas des résultats automatiques : un ombrage trop important peut diminuer la croissance, la qualité ou le rendement d’une plante qui a besoin de beaucoup de lumière.
Des panneaux conçus pour protéger une production peuvent aussi réduire l’exposition à certains aléas, comme la grêle ou des épisodes de chaleur. Le bénéfice dépend de la disposition des modules, de leur hauteur, de leur espacement et de leur capacité à être pilotés. Il faut vérifier que l’installation protège effectivement la culture visée, plutôt que de s’appuyer sur une description générale du matériel.
En élevage, les structures peuvent procurer des zones d’ombre aux animaux et contribuer à leur confort lors de fortes chaleurs. Mais il faut préserver la circulation, la surveillance du troupeau, l’accès à l’abreuvement et l’entretien des clôtures. Les poteaux, câbles et équipements doivent être conçus pour limiter les risques d’accident et ne pas gêner les gestes quotidiens.
Les bénéfices doivent être comparés à une situation de référence. Demandez quelles données seront suivies : rendement commercialisable, qualité des produits, dates de récolte, état du sol, consommation d’eau, conditions de travail ou indicateurs de bien-être animal. Le suivi doit être assez long et documenté pour distinguer l’effet des panneaux d’une variation due à la météo, aux pratiques ou à la qualité du sol.
Cultures et élevages : des compatibilités à vérifier
Il n’existe pas de modèle universel. Le choix de l’installation dépend des besoins en lumière, de la hauteur des cultures, des machines et des périodes de travaux. Le tableau suivant présente des pistes de conception, pas des garanties de rendement.
| Activité | Service envisageable | Point de vigilance à examiner |
|---|---|---|
| Vigne et vergers | Réduire l’exposition à certains épisodes de chaleur ou d’aléas climatiques | Vérifier l’ombrage selon les saisons, la circulation des engins et l’accès à la taille et à la récolte |
| Maraîchage | Moduler la lumière ou protéger certaines cultures sensibles | Adapter la structure à chaque espèce, au calendrier des cultures et aux besoins d’irrigation |
| Grandes cultures | Envisager une protection ou un pilotage de l’ombrage selon la configuration | Préserver le passage des tracteurs, le travail du sol, les semis et la récolte mécanisée |
| Pâturage ovin | Fournir des zones d’ombre tout en maintenant une production fourragère | Contrôler la qualité de l’herbe, l’accès aux équipements et la sécurité des animaux |
| Élevage bovin ou autre cheptel | Créer des zones abritées et maintenir l’usage pastoral | Vérifier la hauteur, les clôtures, l’abreuvement, les mouvements et les conditions de surveillance |
Les panneaux fixes, les structures surélevées et les systèmes mobiles n’offrent pas les mêmes conditions de travail ni le même ombrage. Avant de retenir une technologie, faites préciser la largeur des passages, la hauteur utile, les manœuvres possibles et l’accès des engins lors des opérations agricoles. Un plan vu de dessus ne suffit pas : une visite sur le terrain avec les personnes qui travailleront la parcelle permet de repérer des contraintes pratiques.
Pour évaluer la production électrique attendue, un calculateur de production solaire peut fournir un premier ordre de grandeur. Il ne remplace ni une étude adaptée à l’orientation et à la configuration de la structure, ni une analyse agronomique. La production réelle dépend notamment de l’emplacement, des ombrages et du mode d’implantation.
Les risques pour la ferme, le sol et le paysage
Le premier risque est de confondre revenu électrique et viabilité agricole. Un loyer ou une recette liée à l’électricité peut être financièrement attractif, mais ne prouve pas que la production agricole sera maintenue. L’exploitant doit vérifier la compatibilité du projet avec la rotation des cultures, les revenus agricoles, les investissements nécessaires et la transmission de la ferme.
Les structures peuvent compliquer les déplacements, le travail mécanisé, l’irrigation et l’entretien. Le chantier peut aussi provoquer du tassement ou des dégradations du sol si les accès et les travaux sont mal organisés. Demandez un plan de chantier, les voies de circulation, les périodes d’intervention et les mesures de remise en état. Les effets sur le paysage, la biodiversité, les écoulements d’eau et les habitats locaux doivent également être étudiés selon le site.
Examinez enfin les risques techniques et contractuels : sécurité électrique, incendie, accès des secours, maintenance, assurance, partage des responsabilités et conséquences d’une panne. L’étude doit porter sur l’ensemble du projet, et pas seulement sur les panneaux. Pour situer ces enjeux parmi ceux d’autres installations renouvelables, consultez notre comparatif des énergies renouvelables et notre dossier sur l’impact environnemental des énergies renouvelables.
Comment évaluer un projet avant de s’engager
Commencez par demander une description agronomique compréhensible, établie avec l’exploitant. Elle doit préciser la production actuelle, les cultures ou les animaux concernés, les pratiques agricoles, les équipements nécessaires et les changements prévus. Comparez ensuite cette situation avec le projet, y compris les périodes où les panneaux pourraient gêner le travail ou réduire l’accès à la parcelle.
Le suivi doit prévoir des indicateurs, une méthode de comparaison et un calendrier. Une zone témoin ou des données historiques peuvent aider à estimer l’effet des panneaux, à condition que les sols, les pratiques et les conditions climatiques soient comparables. Demandez qui collecte les données, qui les vérifie et ce qui se passe si les résultats agricoles se dégradent. Le cadre réglementaire impose des exigences de suivi, mais le contrat doit aussi rendre les engagements concrets pour l’exploitation.
Exemple de comparaison agricole
Supposons, à titre illustratif, qu’une parcelle témoin comparable produise 55 tonnes de légumes commercialisables par hectare sur une campagne, contre 52 tonnes sur la zone équipée. La différence est de 3 tonnes par hectare. Rapportée au rendement témoin, elle représente environ 5,5 % : (55 - 52) ÷ 55 × 100.
Ce calcul aide à présenter un écart, mais ne suffit pas à conclure qu’un projet respecte ou non les règles. Il faut vérifier que les deux zones sont comparables, répéter les observations dans le temps et tenir compte de la qualité des produits, des charges, de l’eau, des conditions météo et des revenus agricoles. Le chiffre ne constitue pas un seuil légal d’acceptation.
Enfin, examinez les contrats dans le détail : durée, accès à la parcelle, indemnisation des dégâts, responsabilités en cas de panne, évolution de l’exploitation et conditions de sortie. Pour un projet porté par plusieurs acteurs, une collectivité ou une structure locale peut aussi contribuer à organiser la concertation ; notre guide sur les projets d’énergies renouvelables portés par les collectivités présente les rôles possibles.
L’essentiel pour passer à l’action
- Vérifiez que le projet répond à la définition légale de l’agrivoltaïsme et identifiez le service agricole annoncé.
- Demandez une étude agronomique construite avec l’exploitant, et comparez-la à la situation actuelle de la parcelle.
- Contrôlez la compatibilité des structures avec les cultures, les animaux, les machines, l’eau et les tâches quotidiennes.
- Faites préciser les autorisations, les consultations et le responsable de chaque démarche administrative.
- Inscrivez dans les contrats le suivi agricole, les responsabilités, les assurances, la maintenance et les modalités de démantèlement.
- Faites relire les engagements par des interlocuteurs indépendants avant de signer.
Questions fréquentes
Un projet avec des moutons sous les panneaux est-il forcément agrivoltaïque ?
Non. Le pâturage ne suffit pas à qualifier une installation d’agrivoltaïque. La parcelle doit accueillir une production agricole réelle et prioritaire, et les panneaux doivent apporter directement au moins un service prévu par la loi. Il faut notamment vérifier que le pâturage est une activité suivie, avec des animaux, des pratiques et des résultats agricoles documentés, et non un simple entretien ponctuel de la végétation.
Qui autorise un projet agrivoltaïque en France ?
L’instruction dépend du terrain et des caractéristiques du projet. Une autorisation d’urbanisme est nécessaire, et plusieurs services peuvent intervenir, notamment la mairie et les services de l’État. La Commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers peut également être consultée selon le dossier. Le porteur du projet doit identifier les procédures applicables auprès des autorités compétentes avant de commencer les travaux.
Les panneaux agrivoltaïques font-ils toujours baisser les rendements agricoles ?
Pas nécessairement, mais ils peuvent modifier la lumière, la température, l’humidité du sol et les conditions de travail. L’effet dépend de la culture, du climat, de la saison et de la conception de l’installation. Une protection contre la chaleur peut être utile dans une situation et un ombrage excessif pénalisant dans une autre. Il faut donc comparer des données agricoles fiables sur la durée, plutôt que de se fier à une promesse générale.
Que faut-il vérifier avant de louer une parcelle pour un projet agrivoltaïque ?
Faites préciser le maintien de l’activité agricole, les accès, les périodes de chantier, les responsabilités en cas de dégâts, le suivi des rendements, les assurances et les conditions de sortie. Le contrat doit aussi expliquer qui entretient les équipements et qui finance leur retrait et la remise en état du terrain. Une relecture indépendante, notamment par un conseiller agricole et un juriste, aide à repérer les engagements imprécis ou difficiles à faire appliquer.



