Énergies renouvelables

Comparatif des énergies renouvelables : coûts, impacts et complémentarité

Aucune énergie renouvelable ne gagne sur tous les critères. Le solaire et l’éolien produisent à faible coût dans de bonnes conditions, tandis que l’hydraulique, la biomasse et la géothermie peuvent apporter davantage de souplesse ou de régularité.

Publié le 10 min de lecture

Panneaux solaires, éoliennes et retenue hydroélectrique dans un paysage français

L’essentiel en bref

  • Les coûts de production internationaux de 2024 donnent des repères, mais ne prédisent pas le prix d’un projet français.
  • Les émissions sur le cycle de vie de l’éolien, du solaire et de l’hydraulique sont très inférieures à celles des centrales fossiles.
  • Le facteur de charge mesure une production moyenne, pas la capacité à produire à la demande.
  • L’hydraulique de réservoir, la biomasse et la géothermie peuvent compléter les productions dépendantes de la météo.
  • L’emprise au sol, les matériaux et l’acceptabilité dépendent fortement du site, du projet et des ressources mobilisées.

Le meilleur comparatif des énergies renouvelables ne désigne pas une filière gagnante : il montre lesquelles produisent à faible coût, lesquelles sont pilotables et quels impacts locaux elles entraînent. Pour comparer correctement, il faut distinguer le coût moyen de production, les émissions sur le cycle de vie, la disponibilité de la ressource et l’emprise du projet.

Les repères de coût ci-dessous viennent d’installations mises en service dans le monde en 2024. Ils ne sont ni des tarifs français, ni des offres faites à un particulier, ni une prévision du coût d’un futur parc. Les résultats d’un projet réel dépendent notamment du financement, de la durée de construction, du raccordement et des contraintes du site.

Comparer les filières sans confondre les indicateurs

Le coût actualisé de l’électricité, souvent appelé LCOE, rapporte les coûts d’une installation à l’électricité qu’elle devrait produire pendant sa durée de vie. Il permet une première comparaison entre technologies, mais il ne comprend pas toujours les mêmes éléments selon les études. En particulier, il ne mesure pas à lui seul le coût du réseau, du stockage ou des moyens nécessaires pour équilibrer la production.

Le facteur de charge correspond à l’électricité produite sur une période, rapportée à ce qu’une installation aurait produit si elle avait fonctionné en permanence à sa puissance maximale. Un facteur de charge élevé ne signifie donc pas que la centrale peut répondre à un appel immédiat. Le soleil et le vent ont une production liée à la météo, alors qu’une centrale à biomasse peut généralement moduler sa production si elle dispose de combustible.

Les coûts de production donnent un premier repère

Le tableau reprend les coûts actualisés moyens mondiaux publiés par l’Agence internationale pour les énergies renouvelables, IRENA, pour les installations mises en service en 2024. Les valeurs sont exprimées en dollars américains par mégawattheure. Ce sont des moyennes internationales, pas des devis français.

FilièreCoût moyen mondial en 2024Facteur de charge, lecture indicativeProduction pilotable
Solaire photovoltaïque au sol43 USD/MWhVariable, dépend du soleil et de la saisonNon, sauf avec stockage associé
Éolien terrestre34 USD/MWhVariable, dépend du régime de ventNon, la météo détermine la production
Éolien en mer79 USD/MWhVariable, les vents marins peuvent être plus réguliersNon, malgré une production souvent moins irrégulière que sur terre
Hydroélectricité57 USD/MWhTrès variable selon le type d’ouvrage et l’hydrologieOui pour les barrages avec réservoir, plus limitée pour le fil de l’eau
Bioénergie87 USD/MWhPotentiellement élevé si le combustible est disponibleGénéralement oui, dans la limite de l’approvisionnement
Géothermie électrique71 USD/MWhPotentiellement élevé sur un site adaptéGénéralement régulière et modulable dans les limites du réservoir
Énergies marinesPas de moyenne représentative comparableDépend de la technologie et du siteProduction parfois prévisible, mais peu de centrales commerciales

Ces valeurs d’IRENA sont des coûts de production, pas le prix payé par les ménages. Elles ne sont pas directement transposables à un projet français, car les coûts de construction, les conditions de financement et les raccordements diffèrent d’un pays à l’autre. Les projets en mer et les installations de géothermie, par exemple, dépendent fortement des caractéristiques du site.

Pour les technologies encore en démonstration, comme plusieurs énergies marines, un coût moyen commercial fiable n’est pas disponible. Comparer un prototype à des centrales déjà déployées à grande échelle donnerait une impression de précision trompeuse. Pour comprendre leur fonctionnement et leurs limites, consultez les guides sur l’éolien en mer et les énergies marines.

Émissions, emprise et matériaux varient selon les projets

Les émissions sur le cycle de vie incluent la construction, l’approvisionnement en matériaux, l’exploitation et la fin de vie. Elles sont distinctes des émissions directes au moment où l’installation produit. Le GIEC donne des médianes d’environ 11 à 12 gCO2eq/kWh pour l’éolien, de 40 à 48 gCO2eq/kWh pour le solaire photovoltaïque et de 24 gCO2eq/kWh pour l’hydraulique.

FilièreÉmissions sur le cycle de vieEmprise et matériauxPrincipaux enjeux d’acceptabilité
Solaire photovoltaïqueEnviron 40 à 48 gCO2eq/kWh selon les médianes du GIECToitures et parkings mobilisent des surfaces déjà construites. Les centrales au sol occupent du terrain. Modules, verre, aluminium, cuivre et autres matériaux sont à prendre en compte.Concurrence d’usage du sol, paysage, biodiversité et conditions d’implantation. La toiture limite souvent les conflits fonciers.
Éolien terrestreEnviron 11 à 12 gCO2eq/kWh selon les médianes du GIECLes éoliennes sont espacées, mais le parc modifie le paysage. Béton, acier, cuivre et matériaux des pales sont mobilisés.Perception du paysage, bruit, biodiversité, distances aux habitations et partage des retombées locales.
Éolien en merEnviron 11 à 12 gCO2eq/kWh pour l’éolien dans les médianes du GIECPas d’emprise terrestre équivalente à un parc au sol, mais les fondations, câbles et équipements occupent l’espace maritime. Acier, cuivre et matériaux des pales sont nécessaires.Usages de la mer, pêche, paysage côtier, biodiversité et effets des travaux en mer.
HydroélectricitéEnviron 24 gCO2eq/kWh selon les médianes du GIECBarrages, retenues et équipements en béton et en acier. L’emprise et les transformations des cours d’eau varient fortement selon l’ouvrage.Continuité écologique, sédiments, paysages, activités locales et concurrence entre usages de l’eau.
Biomasse et biogazPas de valeur unique pertinente pour tous les combustibles et projetsL’installation occupe un site limité, mais l’approvisionnement peut mobiliser des terres, des résidus et des transports. Équipements industriels, béton et acier.Disponibilité durable de la ressource, qualité de l’air, trafic, voisinage et concurrence avec d’autres usages de la biomasse.
GéothermieRésultats dépendants du sous-sol et du type de centraleEmprise de surface généralement limitée, mais forage, tubages, pompes et équipements nécessitent des matériaux et une étude approfondie du site.Risques et contraintes liés au forage, gestion des fluides et acceptation des opérations locales.
Énergies marinesPas de valeur unique représentative pour des technologies encore peu déployéesEmprise en mer, câbles et équipements exposés à la corrosion. Les matériaux varient selon les dispositifs.Cohabitation avec la pêche et la navigation, effets sur les milieux marins et incertitudes propres aux démonstrateurs.

Les valeurs du GIEC sont des médianes de cycle de vie, pas des garanties pour chaque centrale. Les résultats peuvent changer selon la durée de fonctionnement, les matériaux, le lieu de fabrication et les méthodes de calcul. Pour la biomasse, le bilan dépend notamment de l’origine du combustible, de son renouvellement et des émissions associées à sa collecte et à son transport. Elle n’est donc pas automatiquement neutre en carbone.

L’emprise doit aussi se lire avec précision. Une centrale solaire au sol occupe directement une parcelle, tandis que des panneaux posés sur une toiture utilisent une surface déjà bâtie. Pour l’éolien, l’espacement entre les machines peut permettre d’autres usages entre elles, mais il ne supprime ni les effets paysagers ni les enjeux écologiques. Le guide sur l’impact environnemental des renouvelables détaille ces questions.

Le coût ne suffit pas à mesurer l’intérêt pour la France

Un coût de production bas est un atout, mais il ne dit pas à quel moment l’électricité sera disponible. Une production solaire abondante en milieu de journée peut être moins utile si elle arrive au moment où la demande est faible et où le réseau est déjà bien approvisionné. À l’inverse, une filière plus coûteuse peut avoir une valeur particulière si elle produit lors des périodes tendues ou peut être mobilisée rapidement.

Le système français dispose également d’un parc nucléaire important. Selon le bilan électrique 2025 de RTE, la production totale a atteint 547,5 TWh, dont 521,1 TWh de production bas carbone, soit 95,2 %. L’intensité carbone directe de la production électrique a été d’environ 20 gCO2eq/kWh. Ces émissions directes ne se comparent pas directement aux valeurs de cycle de vie présentées plus haut.

Un nouveau projet renouvelable doit donc être évalué en fonction de ce qu’il apporte au système électrique français, et pas uniquement selon un coût moyen mondial. Il faut considérer sa production attendue, sa saisonnalité, son raccordement, les besoins d’équilibrage et les conséquences locales. Le contenu carbone de l’électricité peut être estimé avec un calculateur, en gardant à l’esprit qu’un résultat dépend du périmètre et des facteurs retenus.

Les filières sont complémentaires dans le temps

Le solaire produit surtout en journée et davantage lors des périodes ensoleillées. L’éolien dépend des vents, avec des régimes qui ne coïncident pas toujours avec ceux du soleil. Cette diversité ne garantit pas une production constante, mais elle réduit la dépendance à une seule ressource météorologique. Les repères de production et les contraintes d’implantation sont détaillés dans les guides sur le solaire photovoltaïque et l’éolien terrestre.

L’hydroélectricité apporte une contribution différente. Les centrales au fil de l’eau dépendent des débits, tandis que les barrages avec réservoir peuvent conserver une partie de l’eau et produire plus tard, sous réserve des règles d’exploitation et des usages concurrents. En 2025, la production hydraulique française a été de 62,4 TWh, en baisse de 12,9 TWh par rapport à 2024, année particulièrement arrosée selon RTE. Cela illustre l’importance des conditions hydrologiques d’une année à l’autre.

La biomasse et la géothermie peuvent fournir une production plus régulière, mais leur développement est limité par des ressources locales, des contraintes techniques et des enjeux environnementaux. Pour la biomasse, la disponibilité d’un combustible durable est déterminante. Pour la géothermie électrique, il faut un sous-sol adapté. Les guides sur l’hydroélectricité, la biomasse électrique et la géothermie présentent ces cas particuliers.

Enfin, le stockage peut déplacer une partie de l’électricité d’un moment à un autre, mais il ne crée pas d’énergie et entraîne des pertes. Il peut aider à mieux utiliser une production variable, sans remplacer le réseau, les moyens pilotables ni les échanges entre territoires. La gestion de l’intermittence et les solutions de stockage de l’électricité doivent donc être pensées avec le reste du système.

Exemple : traduire les émissions en quantité annuelle

Prenons une production de 5 000 kWh, soit 5 MWh. Pour un ordre de grandeur fondé sur les médianes du GIEC, multipliez les émissions par kilowattheure par 5 000, puis convertissez les grammes en kilogrammes en divisant par 1 000.

  • Solaire photovoltaïque : 40 à 48 gCO2eq/kWh × 5 000 kWh = 200 000 à 240 000 g, soit environ 200 à 240 kgCO2eq sur le cycle de vie.
  • Éolien : 11 à 12 gCO2eq/kWh × 5 000 kWh = 55 000 à 60 000 g, soit environ 55 à 60 kgCO2eq.
  • Hydroélectricité : 24 gCO2eq/kWh × 5 000 kWh = 120 000 g, soit environ 120 kgCO2eq.

Ce calcul ne mesure pas les émissions évitées dans une situation précise. Il ne tient pas compte du moment de production, de la centrale qui pourrait être appelée en remplacement ou des différences entre installations. Il sert uniquement à rendre comparables les ordres de grandeur du cycle de vie. Pour d’autres hypothèses, utilisez le calculateur d’empreinte carbone de l’électricité et vérifiez les facteurs d’émission proposés.

Choisir une filière selon le territoire et l’usage

Pour un particulier, ces comparaisons ne suffisent pas à déterminer si une installation solaire est rentable ou adaptée à son logement. La production dépend de l’orientation, de l’ombrage, de la puissance installée et de la part d’électricité consommée sur place. Les conditions de vente du surplus et les règles applicables évoluent également. Une estimation locale est plus utile qu’une moyenne nationale.

Pour une collectivité ou une copropriété, la décision doit ajouter d’autres critères : maîtrise du foncier, raccordement, partage des recettes, concertation et protection des espaces naturels. Une toiture, un parking ou un site déjà artificialisé peut réduire les conflits d’usage, sans supprimer l’étude technique et environnementale. Un parc au sol doit être comparé aux autres usages possibles de la parcelle.

Pour une entreprise ou un territoire, la combinaison des filières dépend aussi des profils de consommation. Une activité qui consomme surtout en journée peut coïncider avec une production solaire. Une demande plus régulière peut nécessiter plusieurs sources, des contrats adaptés, du pilotage ou du stockage. La bonne question n’est pas seulement « quelle énergie coûte le moins cher ? », mais « quelle production répond à quel besoin, à quel moment et avec quelles conséquences locales ? »

L'essentiel pour passer à l'action

  • Distinguez coût de production, prix de vente de l’électricité et coût d’équilibrage du système.
  • Vérifiez l’année, la zone géographique et les hypothèses des chiffres de coût que vous comparez.
  • Regardez séparément les émissions sur le cycle de vie, les impacts locaux et les matériaux mobilisés.
  • Ne confondez pas facteur de charge élevé et capacité à produire à la demande.
  • Pour un projet, identifiez la ressource locale, les usages du sol ou de la mer et les contraintes de raccordement.
  • Comparez plusieurs filières complémentaires, en tenant compte de leurs horaires et de leur saisonnalité.

Questions fréquentes

Quelle énergie renouvelable produit l’électricité au coût le plus bas ?

Dans les moyennes mondiales d’installations mises en service en 2024 publiées par IRENA, l’éolien terrestre présente le coût actualisé le plus bas parmi les filières comparées, à 34 USD/MWh, devant le solaire photovoltaïque à 43 USD/MWh. Ce classement ne prédit pas le coût d’un projet en France. Le financement, le site, le raccordement et les conditions de construction peuvent modifier fortement le résultat.

Quelle énergie renouvelable émet le moins de CO2 sur son cycle de vie ?

Les médianes du GIEC indiquent environ 11 à 12 gCO2eq/kWh pour l’éolien, 24 pour l’hydraulique et 40 à 48 pour le solaire photovoltaïque. Ces valeurs sont des repères de cycle de vie, pas des résultats garantis pour chaque installation. La méthode de calcul, les matériaux, la durée d’exploitation et le site influencent le bilan réel.

Le facteur de charge indique-t-il si une énergie est pilotable ?

Non. Le facteur de charge décrit la production moyenne d’une installation par rapport à sa puissance maximale théorique. Il ne dit pas si l’exploitant peut décider de produire à un moment donné. Une centrale solaire peut avoir un facteur de charge correct tout en ne produisant pas la nuit. Un barrage avec réservoir peut, dans certaines limites, déplacer sa production selon les besoins.

La biomasse est-elle toujours une énergie renouvelable sans émissions ?

La biomasse peut être renouvelable si la ressource est gérée et renouvelée durablement, mais sa combustion émet du CO2 au moment de la production. Son bilan sur le cycle de vie dépend de l’origine du combustible, de son renouvellement, de son transport et des changements d’usage des sols. Il faut donc examiner le combustible et le projet précis, plutôt que considérer toute biomasse comme neutre en carbone.