Comprendre l'électricité verte

Greenwashing dans l’électricité : les signaux d’alerte à repérer

Une offre d’électricité verte peut reposer sur des garanties d’origine sans financer de nouvelles installations, et ce n’est pas automatiquement une tromperie. Le signal d’alerte apparaît lorsque la publicité laisse croire à un impact plus important que ce que les documents et les preuves permettent d’établir.

Publié le 9 min de lecture

Une feuille artificielle enroulée autour d’une prise évoque une promesse trompeuse.

L’essentiel en bref

  • Une promesse comme « électricité 100 % verte » décrit généralement une couverture contractuelle, pas des électrons renouvelables livrés directement chez vous.
  • Demandez le pays, la source et l’année de production des garanties d’origine associées à l’offre.
  • La compensation carbone ne remplace pas la preuve de l’origine renouvelable de l’électricité ni la réduction des émissions.
  • Un label n’est utile que si son référentiel, son niveau et son organisme de contrôle sont clairement identifiés.
  • Comparez les documents contractuels et les preuves disponibles, pas seulement le nom ou les couleurs de l’offre.

Une offre d’électricité verte devient suspecte lorsque ses promesses sont plus larges que les preuves qu’elle fournit. Des expressions comme « énergie propre » ou « neutre en carbone » ne suffisent pas à établir quelle électricité renouvelable est associée à votre consommation, ni ce que votre contrat finance réellement.

Pour faire le tri, vérifiez les garanties d’origine, l’origine des achats, les éventuels labels et la méthode de calcul des bénéfices annoncés. Le principe de l’électricité verte et de son fonctionnement aide à distinguer une allégation imprécise d’un engagement vérifiable.

Les promesses vagues qui ne disent pas ce que vous achetez

Les termes « vert », « propre », « responsable » ou « bon pour la planète » attirent l’attention, mais ne décrivent pas à eux seuls les caractéristiques d’une offre. Ils ne précisent ni la source de production, ni le pays, ni la période concernée, ni la manière dont le fournisseur établit le lien entre l’électricité vendue et la production renouvelable.

Une mention « 100 % renouvelable » peut correspondre à un approvisionnement couvert par des garanties d’origine. Elle ne signifie pas que des électrons identifiables, produits par un parc éolien ou solaire particulier, arrivent physiquement à votre prise. Les sources sont mélangées sur le réseau, tandis que le lien entre production et consommation est établi par des documents comptables.

Distinguez donc la promesse de l’information concrète qui la justifie. Une page qui donne le nom du dispositif utilisé, la part de consommation couverte et les caractéristiques des producteurs apporte davantage qu’un slogan, même si ces informations ne prouvent pas toutes le même niveau d’engagement.

Les garanties d’origine : un justificatif utile, mais limité

En France, une garantie d’origine, ou GO, certifie qu’un mégawattheure d’électricité renouvelable a été produit. Elle peut être utilisée pour justifier l’association d’une quantité d’électricité renouvelable à une offre. Une GO ne signifie toutefois pas que le fournisseur a acheté l’électricité et le certificat ensemble, ni qu’il a financé une nouvelle installation.

Une grande partie des garanties utilisées en France provient d’autres pays européens. Ce n’est pas en soi une preuve de tromperie : une offre peut être correctement couverte tout en utilisant des certificats étrangers. En revanche, la publicité devient trompeuse si elle suggère une production française, locale ou issue d’un site précis sans que les justificatifs le confirment.

Pour contrôler l’allégation, demandez au fournisseur le volume couvert, le pays et la filière des installations, ainsi que l’année de production des GO. Une garantie est valable 12 mois et le registre national est tenu par EEX. Les certificats associés aux installations bénéficiant d’un soutien public sont mis aux enchères par l’État depuis 2019. Pour comprendre ce que ces pièces attestent exactement, consultez le guide sur les garanties d’origine et la traçabilité.

La neutralité carbone et la compensation, un piège fréquent

Une offre dite « neutre en carbone » peut laisser penser que la consommation n’entraîne aucune émission. Or, le fournisseur doit expliquer le périmètre du calcul, les émissions prises en compte et la méthode utilisée. La compensation, lorsqu’elle est invoquée, ne fait pas disparaître les émissions produites : elle finance des actions présentées comme des réductions ou des absorptions ailleurs.

Demandez si l’allégation concerne l’électricité vendue, l’activité globale du fournisseur ou une partie seulement de son empreinte. Il faut également savoir si les émissions liées à la production, au transport, aux équipements et aux projets de compensation sont incluses. Sans périmètre précis ni méthode accessible, l’affirmation est impossible à apprécier.

La compensation ne prouve pas non plus que l’électricité est renouvelable. Pour cela, vérifiez les documents liés à l’approvisionnement et aux garanties d’origine. Pour évaluer l’effet réel d’un contrat sur le climat, il faut aussi distinguer les mécanismes de traçabilité des engagements susceptibles de soutenir de nouvelles capacités, comme l’explique le guide sur l’additionnalité des offres vertes.

Une promesse locale ou française à vérifier de près

Les mots « local », « circuit court » ou « produit près de chez vous » évoquent un lien direct entre les consommateurs et des installations de leur territoire. Pourtant, l’adresse du siège du fournisseur, une campagne publicitaire régionale ou la présence d’un producteur partenaire ne suffisent pas à démontrer que votre contrat est associé à cette production.

Demandez où se trouvent les installations, quelle technologie elles utilisent et comment la quantité produite est reliée à la consommation des clients. Vérifiez aussi si l’engagement porte sur l’ensemble de l’offre ou seulement sur une fraction des volumes. Si la proximité géographique est centrale pour vous, comparez les preuves avec les critères décrits dans le guide sur l’électricité locale et le circuit court.

Une offre peut être renouvelable sans être locale, et locale sans démontrer un soutien à de nouveaux projets. Ces caractéristiques ne sont pas interchangeables. Le fournisseur doit pouvoir expliquer séparément chacune de ses promesses.

Le manque de transparence sur les producteurs et les volumes

Un fournisseur sérieux doit pouvoir expliquer comment il justifie ses affirmations, sans se limiter à une page de présentation générale. L’absence de toute information sur les volumes, la période, les sources ou le contrôle constitue un signal d’alerte, surtout lorsque la publicité avance une promesse très précise.

Affirmation commercialeInformation à demanderSignal d’alerte
« 100 % renouvelable »Volume couvert et mécanisme de traçabilitéAucun document ni période précisée
« Électricité française »Pays des installations et origine des garantiesLa preuve porte seulement sur le siège du fournisseur
« Énergie locale »Lieu de production et part des volumes concernésAucun site ni périmètre géographique définis
« Neutre en carbone »Périmètre, méthode de calcul et rôle de la compensationAucun bilan ou calcul accessible
« Offre labellisée »Nom du label, niveau et référentielLogo sans organisme ni critères vérifiables

La transparence se vérifie aussi dans les conditions de l’offre. Regardez si les caractéristiques mises en avant dans la publicité figurent dans les documents contractuels ou dans une fiche descriptive consultable avant la souscription. Le guide sur les clauses d’un contrat d’électricité vous aide à repérer les informations qui doivent être examinées avant de vous engager.

Labels et réglementation des allégations environnementales

Un label ne vaut que par ses critères, son contrôle et son niveau d’exigence. Le label VertVolt de l’ADEME distingue notamment un niveau « engagé » et un niveau « très engagé », avec des conditions différentes sur l’achat conjoint de l’électricité renouvelable et des garanties d’origine, puis sur le soutien à de nouveaux projets ou à des installations à gouvernance locale ou citoyenne. Vérifiez que le nom du label et le niveau annoncé correspondent à l’offre exacte dans l’annuaire officiel de l’ADEME. Le guide sur le label VertVolt et ses garanties en détaille le fonctionnement.

En France, la DGCCRF peut contrôler les pratiques commerciales trompeuses. Une allégation environnementale doit être suffisamment claire et étayée pour ne pas induire le consommateur en erreur. Un astérisque ou une précision en petits caractères ne suffit pas forcément à corriger une promesse principale qui donne une impression fausse.

Au niveau européen, la directive (UE) 2024/825 renforce les règles applicables aux allégations environnementales à partir du 27 septembre 2026. Elle vise notamment les affirmations génériques non démontrées et les allégations présentant un produit comme neutre, réduit ou positif en émissions de gaz à effet de serre lorsqu’elles reposent sur la compensation plutôt que sur une réduction de ses émissions. La portée dépend de la formulation et du périmètre revendiqué : ne déduisez pas qu’une mention isolée suffit à établir une infraction.

Les questions à poser avant de souscrire

Vous pouvez demander des réponses écrites au service client ou chercher ces informations dans la fiche descriptive de l’offre. Si la réponse reste floue, comparez avec une autre offre avant de signer. Le guide pour choisir une offre d’électricité verte propose une méthode complémentaire pour examiner l’approvisionnement et les conditions du contrat.

Voici les questions les plus utiles :

  • Quelle part de ma consommation est couverte par des garanties d’origine ?
  • De quels pays, de quelles filières et de quelles années proviennent ces garanties ?
  • L’électricité et les garanties sont-elles achetées conjointement ?
  • L’offre soutient-elle de nouveaux projets, et comment cet engagement est-il mesuré ?
  • Que recouvre exactement une promesse de neutralité carbone ou de compensation ?
  • Le label annoncé concerne-t-il l’offre que je souscris, et à quel niveau ?
  • Où trouver les justificatifs et à quelle fréquence sont-ils actualisés ?

Si le fournisseur répond par des généralités, refuse de préciser le périmètre ou change de sujet, ne prenez pas son silence pour une preuve de fraude. Considérez-le comme un manque d’information et comparez les documents contractuels, les éléments publics et le niveau de détail fourni par les autres offres.

Exemple : vérifier une promesse sur une consommation annuelle

Supposons qu’un foyer consomme 4 000 kWh par an et qu’une offre affirme être « 100 % renouvelable, produite en France ». La consommation annuelle représente 4 MWh. Le fournisseur doit donc pouvoir expliquer comment son offre associe un volume correspondant de production renouvelable à cette consommation, notamment au moyen des garanties d’origine prévues à cet effet.

Première étape, demandez la preuve de couverture et sa période. Deuxième étape, vérifiez que les installations à l’origine des garanties sont bien situées en France si la promesse porte sur une production française. Troisième étape, regardez si l’offre annonce seulement une couverture par des GO ou un achat conjoint de l’électricité et des garanties. Ces éléments ne démontrent pas à eux seuls un financement de nouvelles installations.

Si les garanties proviennent d’installations étrangères, la couverture renouvelable peut rester attestée, mais l’affirmation « produite en France » n’est pas justifiée par ces pièces. Si le fournisseur prouve l’origine française, cela ne signifie toujours pas automatiquement que votre foyer reçoit physiquement cette électricité particulière : le réseau mélange les productions. Enfin, si l’offre annonce un impact supplémentaire, demandez quel engagement financier ou quel soutien à de nouveaux projets le démontre.

L’essentiel pour passer à l’action

Avant de choisir ou de renouveler une offre, utilisez cette checklist anti-greenwashing :

  • Je peux expliquer ce que signifie la promesse « verte » de l’offre, sans me fier seulement au slogan.
  • Je sais si la couverture repose sur des garanties d’origine et quelle part de ma consommation est concernée.
  • J’ai vérifié le pays, la filière et la période des garanties lorsque ces éléments sont mis en avant.
  • Je distingue la traçabilité de l’électricité, l’achat conjoint et le financement éventuel de nouveaux projets.
  • Toute affirmation de neutralité carbone précise son périmètre, son calcul et le rôle de la compensation.
  • Le label annoncé existe, son niveau est indiqué et l’offre figure bien parmi celles qui sont couvertes.
  • Les preuves sont accessibles avant la souscription et correspondent aux affirmations publicitaires.

Si plusieurs réponses manquent, ne vous pressez pas. Comparez les offres à partir de leurs documents et de leurs engagements vérifiables, puis gardez une copie des éléments qui ont motivé votre choix.

Questions fréquentes

Une garantie d’origine étrangère rend-elle une offre d’électricité verte mensongère ?

Non. Une garantie d’origine étrangère peut attester la production d’électricité renouvelable, même si elle ne prouve pas une production française ou locale. Le problème apparaît si la publicité laisse croire que l’électricité vient de France alors que les justificatifs indiquent une autre origine. Demandez le pays, la filière et la période des garanties, puis comparez ces informations avec les promesses précises de l’offre.

Une offre peut-elle être appelée 100 % verte si le réseau mélange les sources ?

Oui, si l’expression décrit une couverture contractuelle de la consommation par des garanties d’origine renouvelable, conformément au dispositif de traçabilité. Elle ne signifie pas que des électrons provenant d’une installation particulière sont acheminés directement jusqu’à votre logement. Regardez donc les explications du fournisseur : elles doivent distinguer l’électricité circulant sur le réseau des justificatifs associés à votre contrat.

Que faire si un fournisseur refuse de justifier une promesse environnementale ?

Conservez la publicité, la fiche de l’offre et les échanges avec le fournisseur, puis demandez une réponse écrite précisant le périmètre et les preuves de l’allégation. En l’absence de réponse claire, comparez avec d’autres offres et évitez de vous engager sur la seule base du slogan. Si vous estimez que la pratique vous a induit en erreur, vous pouvez faire une réclamation, puis vous renseigner sur les démarches auprès du Médiateur national de l’énergie ou de la DGCCRF.